A qui fantasme le Brexit comme la voie pacifiste de "refondation de l'Europe"

Publié le par Gwendoline

Oui, je l'ai entendu.

Beaucoup trop ces derniers jours. Etrangement dans la bouche de qui ne lit pas de presse de langue anglaise.
De qui je partage pourtant la conviction que cette Europe est chaque année plus verrouillée dans un système institutionnel et opératoire, surtout, dans des pratiques antidémocratiques, contraires au bien commun des citoyens; chaque jour plus à la botte des principaux lobbys états-uniens et capitalistes. Chaque instant plus oublieuse de ses devoirs envers les peuples, qu'ils fussent Grecs, Portugais, Magyares, Espagnols, Irlandais, Ukrainiens de langue ukrainienne, biélorusse, criméenne, tatare ou russe, ou surtout migrants...
Oublieuse, parfaitement. Coupable de non-assistance à peuples en danger, en pleine conscience.
Pas juste tâtonnante, trébuchante et finalement impuissante ainsi qu'elle l'était encore, de verdad, voici encore une vingtaine d'années.
- Et j'entends déjà les pseudo-sirènes me seriner qu'il ne saurait y avoir obligation de résultat en matière de protection des droits des humains et des citoyens... Nous en reparlerons, sûrement - mais ce sera pour étendre la peau de Shere Khan sur le Rocher du Conseil... D'ici là, contentez-vous d'y mettre une obligation de moyens; au vu des primes faramineuses (et généralement cumulées, notamment dans ce beau pays de France, à celles de mandats locaux ou nationaux), les moyens ne devraient pas manquer, non ? Et les sectateurs de se justifier, sur le principe de non-ingérance (à la raie duquel ils urinent à la première occasion), sur les règles des traités négociés en toute équité et transparence (bien sûr l'Islande a retiré sa demande d'adhésion par pure fantaisie passagère, et puis autant les lobbys ont droit de cité pour leur TAFTA, autant les indépendants ne peuvent pas en connaître l'exact contenu...), sur la priorité absolue à la stabilité et la sérénité des relations internationales dans un monde troublé (si vous avez besoin d'autres dénominations orwelliennes, on peut vous aider à NuitDebout: nous disposons d'une poignée d'infiltrés néo-fachos qu'on veut bien remettre à vos bons soins)... Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ?


Or, toute la question est là. Quels démons, quels serpents cette méduse traîne-t-elle après soi ?

La position d'anarchiste pacifiste, rebelle aux frontières, et potentiellement ultra-résistante aux tentatives totalitaires quelle que forme que celles-ci prissent, revient nécessairement à considérer au premier chef les dangers létaux pour les personnes et les peuples.

Non, je ne m'échinerai pas à empêcher le passage d'une Loi Travail parmi d'autres, si cela impacte ma disponibilité à relayer les nouvelles du monde que l'on tue et qui souffre déjà, à tenter d'agir sur la conscience de qui circule en périphérie des cénacles, à neutraliser de mon mieux les pulsions autoritaristes ou complètement à côté de la plaque des décideurs auto-proclamés.

Une loi, ça se fait, et puis ça se défait.

Non, je n'irai pas passer mon temps à offrir l'apéro chez Gattaz, même si j'ai souvent ridiculisé ses propos comme ceux de Parisot. Ni je ne passerai l'entièreté de 3 mois de ma vie à obtenir le départ de Valls.

Défaites un troll, il respawn aussi sec sous un autre compte. C'est pareil en politique.

Ce sont bien des serpents, toutes ces choses. Mais format orvet.
Pour ma part, si j'étais souverainiste, je vous dirais que ce sont les vipères aspic qui me préoccupent. Mais vous l'aurez compris : je ne suis même pas très patriote.
Aussi seuls les anacondas et les cobras me préoccupent vraiment.

Alors, qu'avons-nous comme saurophibiens "immigrés" particulièrement dangereux, en Europe ?
Hé bien, contrairement à ce que pourrait laisser penser la métaphore piquée à Racine, cette bestiole là est parfaitement endogène en Europe. Non que le caractère belliqueux, voire belliciste, de certaines autres grandes puissances étrangères puisse être nié.
Mais avouons la chose une bonne fois pour toutes : quelle contrée du monde a été capable, depuis la nuit des temps, d'imposer des guerres à une échelle non pas tribale, locale, voire régionale, mais à portée bien plus que supra-régionale ? Si vous êtes en train de vous formuler mentalement : "l'Europe", que vous ayiez pensé aux Habsbourg, aux Romains, aux Valois, aux Hellènes, aux Britanniques, à des Français du XIe ou à d'autres du XVIIIe, à certains Russes, à quelques Belges, à un échantillon de Macédoniens au travers des âges, aux Byzantins, au IIIe Reich, à de tous nouveaux Italiens, j'en passe et pas des meilleurs : vous avez juste, bravo.

Pire. Quand fut enfin résorbée l'ignardise crasse et volontaire suscitée par l'effondrement des civilisations antiques, ce qu'on appelle bien peu courageusement l'obscurantisme du Haut Moyen Âge, et qui se prolongea au fond bien au delà de la réforme grégorienne, tout au long de l'ère moderne, jusqu'aux Lumières - et ne trouva son parachèvement enfin qu'en corrélation avec la révolution des moyens permises par les grandes inventions et découvertes du XIXe, que firent les plus influents des Européens ?
Ils s'empressèrent de mettre tout cet arsenal théorique et technologique au service de la préparation de sa plus atroce création, la guerre totale. 

Notons au passage que l'effort séculaire pour sortir de la barbarie et de la stupidité n'aurait sans doute jamais pu aboutir sans l'aide patiente de tous les peuples sémites et de leurs voisins ou ressortissants mésopotamiens et africains, qui exhumèrent les savoirs antiques, les commentèrent, produisirent de nouvelles méthodes et connaissances, et nous firent même la grâce de contribuer à la naissance de nos facultés et de nos humanités.
J'ai bien dit : les peuples sémites. Qu'avons-nous, Européens, concocté, en matière de geste de gratitude, une fois dissipé le fantasme des Führer, Duce, et autres Caudillos ? La fracture du peuple sémite en deux camps, arabo-musulmans d'un côté et juifs d'Israël de l'autre, tellement mortellement opposés désormais que cela en paraîtrait presque irréversible.

Bien joué.

Et vous voudriez me faire croire que la Résistance ne s'est pas fait laminer dès la Libération ?
Je pouffe, couleur canari. 

Alors, les voilà, mes serpents pythons bicolores de rocher, mes Nag et Nagaina :
Nombre d'entre nous Européens, sont un peu prompts à savourer le bruit des bottes.
Certains d'entre nous Européens, se consacrent avec beaucoup de passion et d'ingéniosité à faire retentir la fanfare de la violence fratricide afin d'assouvir leurs délires planifiés d'extermination de masse. Le 1% des 1%, dirons-nous.
Le plus drôle, si je puis m'exprimer ainsi, c'est que ça ne les dérange absolument pas que les visées totalitaires, nationalistes, réactionnaires, oppressives soient également réparties, en miroir, de chaque côté des frontières par dessus lesquelles ils comptent faire pleuvoir missiles, tanks, chairs à canon et chiens bien dressés.
Mais alors pas du tout. Comme en 39, à la base, ils seraient ravis de se ré-édifier des bons petits murs bien étanches entre voisins civilisés, tous fascistes et chacun convaincu de la supériorité de sa race.

Observant la campagne et l'issue du #Brexit #Bremain, force est à l'anarchisme pacifiste - comme à tous les pacifistes, comme à tous ceux qui se dressent dans un monde #NoBorders contre le mondialisme de l'argent et de l'autoritarisme - de se poser la question du risque souverainiste, du repli sur soi, du choix de l'impuissance.

Oui, l'Europe doit être refondue.

Oui, car des Européens ont inventé le racisme, le fascisme et la guerre mondiale. Et qu'il en traîne encore dans les coins, sous les étiquettes les plus inattendues et dans des localités que l'on n'eût pas soupçonnées.

Et non, en l'état des choses, la sortie éclair de l'Angleterre ne saurait incarner "la noble voix du pacifisme". Comme le disait un gentil @troll sur une antenne libre, ce n'est pas la voix du pacifisme; c'est la voix de la passivité.

C'est ça, lui ai-je répondu : la voie de la passivité.

La passivité qui a permis la traînée de poudre en 14, celle qui est restée bien fichée sur son cul en 33,
Celle qui a regardé d'un oeil narquois les brigades internationales franchir les Pyrénées pour tenter de contrer Franco,
Celle qui a glandé à peu près macache en 39, a bien laissé les SS faire leur sinistre besogne tout du long, celle qui par contre s'est bien empressé de faire l'épuration/récupération de la Résistance une fois les nazis apparemment renvoyés au placard,
Qui a joyeusement applaudi à l'humiliation non des responsables mais des peuples embrigadés par leurs duces et caudillos et führer tout en se décernant d'immérités hommages de bonne conduite,
Qui n'a pas cherché noise aux charognards de ratonnade ni à l'OAS,
Qui a laissé les peuples du bloc est se faire massacrer dans la recherche de leur autodétermination (bien trop occupée à sa révolution sexuelle de mes 2 et ses grèves parcellaires sur la plage des pavés) en 68,
Qui se branle de la France-Afrique et de la Cochinchine à peu près comme de ma première couche,
Qui n'a à peu près rien dit là-contre Eltsine, encore moins contre cette enflure de Pasqua,
Qui a laissé toute la Macédoine s'écharper dans la chute de l'ex-Yougoslavie, un tyran s'installer en Slovaquie, la Gérogie se faire complètement instrumentaliser, l'Autriche basculer dans le fascisme again, les populations protestataires magyares se faire littéralement abattre à vue en 2006,
Celle qui a regardé tranquillement la dette des peuples du sud se creuser puis celle des voisins se constituer en songeant benoîtement "chez nous, ça va" et s'étonne maintenant qu'on la lui foute dans la gueule pour faire passer de la loi travail,
Celle qui ma foi n'a pas vraiment investi beaucoup d'énergie pour soutenir les Portugais, les Grecs, les Espagnols ou les Irlandais dans leur lutte contre le système capitalistico-gouvernemental,
Celle qui détourne poliment le regard en croisant les méfaits du complexe militaro-industriel et l'incurie, pour ne pas dire la nuisance intérieure, diplomatique et directrice des armées - et pourtant...

Cette passivité, on la reverra unanimement à faire des poutous aux flics et à leurs bons dirigeants, qu'elle honnit en ce moment, si d'aventure un excité à bombe-suicide, kalachs et autres mitrailleuses, est neutralisé.

N'oublions pas, après tout, que la passivité, de temps à autres, elle "est Charlie".

(NB, bizarre, depuis l'ingérence de Sarkozy, je croyais qu'il n'y avait que 25000 lecteurs réels de Charlie - qui, justement, ne lisaient plus).

 

Amis et voisins qui ne lisiez pas la presse de langue anglaise,

Vous avez ignoré que les seuls partisans en campagne du #Brexit étaient des nationalistes affirmés; des manipulateurs qui préfèrent imputer tous les maux du peuple (dont ils se contrefoutent) à cette méchante Europe plutôt que de laver son linge sale (étatique, affairiste...) en famille nationale et locale et se soucient comme d'une guigne d'oeuvrer à un fonctionnement plus juste de l'Union; des manipulés qui s'imaginaient pouvoir refaire une Europe respectueuse et gardienne de ses citoyens dans la foulée; des hypocrites que voilà tous en train de préparer la "renégociation de leurs conditions de négoce avec l'UE" dans la subite prise de conscience du léger souci que leur posent triplement l'effondrement de leur monnaie, la hauteur du très relatif protectionnisme des Etats membres en matière d'import-export, et la déclaration sans fard des instances européennes qui les avaient pourtant prévenu qu'il n'y aurait pas de re-négociation; des inconscients à qui l'assassinat d'une militante européaniste et gauchiste du West Yorkshire ne pose aucune question - il faut dire que ce n'était qu'une femme; des arrogants criminels dont AUCUN n'a formulé la moindre réponse à la question - Soit. Et après ?

Amis et voisins,

Merci d'entreprendre tout de suite de répondre à la question.
 

Faute de quoi, je ne donne pas plus cher de votre peau que de la mienne.


En espérant avoir, ne serait-ce qu'un tout petit peu, dessillé quelques regards sur l'incroyable négentropie de nuisibles puissants de ce monde, face à la douloureuse "remplaçabilité" du tout venant, vous, moi et nos frères, aux yeux de ces derniers.

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