Par Gwendoline
Samedi 7 juin 2008
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Le marché est marqué par l’héritage des pionniers des années 1980, qui ont vu une première floraison de sociétés après la disparition des acteurs des années 60-70. Quelques rares maisons subsistent
de cette époque, la plupart avec un catalogue prestigieux, appuyé essentiellement sur des titres libres de droits et sur les prestations de comédiens célèbres. Mais certains ont également développé
une approche éditoriale originale avec des acteurs spécialistes : conteurs, lecteurs, voix radiophoniques.
Depuis la fin des années 90, de petites structures sont apparues un peu partout en France ; elles fournissent des titres aux réseaux de distribution, lesquels sont en général aux mains des plus
gros éditeurs. Beaucoup disparaissent ou végètent avec une production parcimonieuse de quelques titres par an, voire un titre tous les deux ou trois ans. Dans le même temps, ce sont aussi quelques
labels du disque traditionnel qui, inquiets de voir leur marché péricliter, ont développé une stratégie de diversification culturelle comportant la création d’un département consacré au texte
sonore.
A chaque nouvelle vague de créations, c’est la même rengaine : quelques passionnés de littérature orale ou proches de personnes qui ont des difficultés à lire font un tour dans les pays
anglo-saxons ou en Allemagne, constatent la prospérité du secteur dans ces pays, et décident de plier le marché français à ce remarquable objet culturel.
Mais voilà, les conditions de production et de diffusion sont bien différentes : la TVA qui discrimine le disque, les tarifs très préférentiels d'achat pour les organismes culturels, la culture
bien gauloise du prêt voire du piratage, la segmentation du public par le niveau élevé des prix, la résistance des distributeurs soumis aux pressions des grandes maisons d’édition papier, le mépris
affiché de nombreux acteurs du monde de la culture (bibliothécaires, documentalistes, …) pour un objet perçu comme un « sous-livre », le scepticisme des chagrins en tous genres qui déclarent que le
livre audio est soit l’apanage d’une sorte d’une poignée impécunieuse d’intellectuels excentriques soit un douteuse manigances d’incubes et succubes sans âmes qui voudraient étouffer dans l’œuf
tout désir de la « noble lecture solitaire » sans remuer les lèvres, l’absence totale de sensibilisation et d’éducation à ce média, l’inexistence d’une acculturation quelconque des critiques…. Tout
cela fait que, même à coup de millions, de plans marketing dispendieux (le dernier Harlan Coben qui sort simultanément in folio et in audio, Gallimard Jeunesse qui emploie Bernard Giraudeau à
la lecture d’Harry Potter), l'hypothèse de rentabilisation d'une collection demeure très hasardeuse.
Toutefois la déferlante numérique est en train de secouer le secteur et de grands groupes ont investi massivement pour créer de nouvelles structures depuis le milieu des années 2000 (Gallimard avec
"Ecoutez Lire" et maintenant Hachette et Albin Michel avec "Audiolib"). C’est aussi ce phénomène de la convergence technologique qui motive de nouveaux entrepreneurs totalement étrangers au marché
à s’y positionner dès maintenant, en vue de la prévisible vague de fusions-acquisitions de catalogues à suivre. J’ai suivi en 2003 un projet entrepreneurial, au sein d’un Executive MBA de l’ESSEC,
d’une poignée de managers issus d'écoles d'ingénieurs, décidés à percer dans ce marché.
La donne a par ailleurs changé, car les (dé) politiques culturelles font que les petits indépendants ne peuvent plus vraiment tenir sur le fond de clientèle habituel (association,
bibliothèques, proportion du lectorat cible qui connaît et achète) et les éditeurs sont maintenant contraints de remporter le pari du grand public pour rentabiliser leurs produits.
Les orientations sont très variées : entre ceux qui mettent l’accent sur le texte – culture élitiste ou démocratisation, culture du masse pour individus itinérants, accès aux loisirs pour
déficients visuels ou mal lettrés, choix du texte intégral brut ou adaptation et habillage sonore, militantisme pour le verbe et marchandisation renforcée pour best-sellers et acteurs de renom,
précis de management pour VRP nomade, etc . Les petites maisons travaillent le plus souvent avec leur studio – quand elles n’ont pas été même fondées ou co-fondées par un ingénieur du son. De plus
grosses ont uniquement un rôle de producteur et c’est donc leurs prestataires, les directeurs artistiques des studios d’enregistrement, qu’il faut identifier. Enfin la plupart des grands éditeurs
papier, en particulier les spécialistes (sciences humaines, médecine, psychologie, ….) ont une activité éditoriale audio.
Entrer dans l’univers du livre lu implique donc d’explorer un univers très mouvant, aussi bien du côté des maisons audio que des studios spécialisés, le secteur des voix-off dans son ensemble, les
acteurs traditionnels de l’édition et de l’industrie du disque, et surtout les libraires spécialisés. Il faut connaître quelques vétérans passionnés de théâtre, tel Arnaud Mathon ou Edgar Haddad,
ainsi que les très nombreux acteurs associatifs qui s’efforcent de relayer la diffusion de ces produits afin de faciliter les recherches d’un lectorat qui est encore majoritairement un public de
personnes âgées ou malvoyantes. Ces associations s’orientent soit dans un travail de bibliothécaire, soit produisent elles-mêmes, avec comédiens bénévoles et textes libres de droit : rechercher
dans GOOGLE des « livres audio gratuits » donne quantités de contacts. Bref, c’est un secteur assez compliqué, à suivre de près.