Du l'art ?

Publié le par Gwendoline

Inspirée par l'impératif de soutien "technique" à des amis bloggueurs, j'ai paramétré mon blog voici près d'un an. Non sans arrières pensées éditoriales : ne pourrais-je pas, voix parmi tant d'autres, faire aussi valoir mon humble moi, partager humeurs et pensées - réflexions sur la pratique et la réception artistique ou littéraire, astuces pour rire de soi et de la vie, se la couler douce si on peut, avec quelques principes élémentaires d'hygiène mentale et de santé sociale ?

L'animatrice étant ce qu'elle est... court.o.bouillon est demeuré coquille vide depuis l'automne dernier.

Toujours à l'horizon de notes furtives sur ce qui m'entoure, jamais ouvert cependant avec l'intention assez ferme de m'y produire enfin. C'est dire en préambule l'urgence qui m'habite aujourd'hui. Je concevais mon bouillon comme une lente - très lente - fermentation d'idées en germes, de cultures d'émotions à partager.... Et pour la faire courte, bien axé sur un immense goût du théâtre, le désir de contribuer à la publicité de cet art et de son métier, afin de "couper court au bouillon", le bouillon désignant, en vieux jargon, un four éditorial - que ma sensibilité de comédienne me fait fort redouter sur les planches.
Mais ce qui m'occupe aujourd'hui c'est bien plutôt le bouillon de notre bol alimentaire, et de notre cuisine planétaire.

Une décennie de faim,
tel est notre devenir immédiat.

Je n'invente pas : en synthèse, je vous invite à consulter ne serait-ce que le bref et lumineux article de Benoît Ruiz sur le blog du journal Le Monde*. Mais vous trouverez tout aussi bien des éléments dignes d'intérêt dans les médias les plus divers, des bulletins associatifs d'Action contre la Faim à France 2, voire directement sur le site de la Food and Agriculture Organization of the United Nations, dont le Sous-Directeur, M. Alexander Müller, parle de "la plus grave crise alimentaire des temps modernes"*.

Discrète sous nos latitudes privilégiées depuis la fin de la reconstruction européenne à l'issue de la Seconde guerre mondiale, la faim ne nous est pas tout à fait étrangère. Cependant, les 2,6 millions de Français* qui doivent recourir régulièrement à l'aide alimentaire y procèdent dans l'ombre de nos marges. Oh, oui, nous n'avons pas oublié les déchirantes photographies des enfants somaliens présentant un clair instantané clinique des ravages de la mal et la sous-nutrition. Bien sûr, nous connaissons tous tellement bien le tube planétaire de Ken Kragen et Quincy Jones que celui-ci conserve aujourd'hui encore une sérieuse marge d'indulgence à l'égard d'une icône aussi polémique que Michaël Jackson. Certes, nous chantons encore sa surenchère hexagonale qui en 1989, sous la houlette de l'artiste le plus "franchouillard" du moment, dénonça la précarité comme état de non-droit*.
En toute sincérité, qu'avons-nous appris ?

Les programmes de l'Education Nationale ont-ils assez modernisé l'approche de la géographie pour la rendre à ce qu'elle est, une science de l'homme dans l'espace, rationnellement sensible à la dimension du temps ?
Nos professeurs de Science Naturelle ont-ils été encouragés à approfondir les notions de métabolisme propres à nous éduquer à l'hygiène alimentaire ?
Le quatrième pouvoir s'est-il fait la voix inlassable d'une information indépendante sur les enjeux géopolitiques des questions agricoles ?
Avons-nous choisi des gouvernements capables de considérer surtout des enjeux supra-électoraux et de s'investir efficacement dans la gouvernance planétaire ?
Suis-je capable de penser au quotidien mon assiette alimentaire ?


En toute honnêteté... et à mon strict usage, je dois répondre non.

Mais il n'est pas trop tard pour se confronter aux faits.
L'année 2007 a vu se multiplier les émeutes de la faim tout autour du globe. En ce printemps, des spécialistes et rédacteurs avertis nous éclairent sur le caractère essentiel d'une situation latente de crise alimentaire généralisée, d'une ampleur sans précédent.

Elle est le fruit de politiques et mécanismes démographiques et macroéconomiques déjà anciens (subventions à l'exportation chez les grandes puissances occidentales, faiblesse des prix favorable à l'orientation sur les productions exportatives au détriment des vivrières dans les pays en développement, spéculation croissante sur les matières premières, pression croissante sur les terres agricoles, augmentation de la population terrestre, ...). Mais aussi des turbulences climatiques dont nous éprouvons désormais l'évidence - quand je pense que la réalité du changement climatique induit par l'activité humaine était couramment niée par une partie de la communauté scientifique il y a mois d'une décennie.... Ce qui me frappe le plus parmi ses causes - l'effet vicieux du progrès :
1) le niveau de vie auquel nous nous accrochons depuis les 30 Glorieuses, avec une consommation sans précédent de viandes et laitages est, bien légitimement, en train de se démocratiser au sein des fort populeux pays émergents;
2) la libre circulation des personnes et des biens, à laquelle nous croyons tenir comme un droit civique depuis la popularisation de l'automobile puis du village mondial, se heurtant au glas des énergies fossiles, nous y pallions précipitamment par des biocarburants.


A mon sens, en ces deux simples constats réside tout le défi contemporain de l'espèce.

Incertains de notre humanité - ses critères (conjonction du langage articulé, de la reconnaissance au miroir, du pouce opposable, de l'instrumentalisation seconde, etc., souvenirs de cours de philo du siècle dernier) devraient-ils, secoués qu'ils sont depuis vingt ans par les recherches scientifiques, faire de nous omnivores, des cannibales ?

Songeons toujours que :
- pour pouvoir produire de la viande, le rapport est jusqu'à sept fois multiple du coût en production de calories végétales équivalentes;
- pour motoriser un déplacement automobile, le coût est... infiniment dégradant.


Parmi mes amis, d'aucuns pensent qu'en l'absence d'interdiction claire par les instances dirigeantes, le citoyen conserve moralement un certain droit à priviléger son confort par rapport aux exigences environnementales. Ces amis sont miens, pas ceux de ma maison. Je tiens à rappeler ici qu'étymologiquement, l'écologie signifie "penser rationnellement notre habitat" (oikos, la maison ; logos, la pensée -  le discours).  Ce qui montre clairement la débiilité de tout discours visant à classer les problématiques "environnementales" dans une sorte d' "univers abstrait tangent à un modèle planétaire x". L'écologie parle de nous. De toi, de moi, du veuf égyptien dont la femme est décédée dans une émeute aux portes du fournil de sa ville, du grand bananier sudaméricain qui investit dans les sables pétrolifères de l'Alberta, de ma parente RMIste qui se nourrit de graines bio, de mon ami directeur de zone dans une multinationale alimentaire qui valide les argumentaires commerciaux pour le yaourt en Chine, d'un regretté grand homme de théâtre qui se faisait quotidiennement expédier son camembert et son château Margaux en tournée en Russie, de mon alter ego palestinien dont le moteur tourne toujours à la douane des territoires occupés, de mon cousin américain qui vient de se convertir à la paranoïde justice bushienne,... de moi, de toi.


Alors, de toi à moi.... que faire de notre appétit ?

Exténuons-nous à conquérir les moyens de notre insolence, celle de tuer le veau gras chaque midi ?
Ou bien cultivons en choeur cette tenaille au ventre afin d'approcher notre prochain et de partager un frugal (fécond) repas ?

* http://bac2008.blog.lemonde.fr/2008/06/04/le-cercle-vicieux-de-la-faim/
* http://www.actioncontrelafaim.org/ - http://www.aide-alimentaire.org/
* http://info.france2.fr/dossiers/monde/42085853-fr.php
* http://www.courrierinternational.com/dossier/dossier.asp?dos_id=3642
* http://www.fao.org/
* http://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_alimentaire - http://www.secourspopulaire.fr/
* "We are the world, we are the children" (janvier 1985)
* L'hyme des Restos du coeur,  "Aujourd'hui on n'a plus le droit d'avoir faim ni d'avoir froid"
* http://alternatives-international.net/article2114.html
* Sommet de Rome, par Le Monde


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independenza 02/07/2008 23:49

vôtre anti mondialisation est à l'extrême qu'il y ai une cotisation mais pour rien donner toute sa personne pour l'avenir? SANS ENERGIESSANS EAUSANS AMOURS pas pour tousEN BOUDANTCHUCHOTANTEN SE BIDONNANTSUR CELUI QUI VEUT PAS SAVOIRPARCEQU IL AIMEPARCEQUE C LA VIENI TOUT E BLANCHE NI TOUTE NOIRE UN PEU DE TOUTMAIS JAMAIS ASSEZ D AMOURQUEL PARADOXE

Gwendoline 03/07/2008 11:03


Je suis un peu confuse de publier ce commentaire sans en bien comprendre le sens. J'espère qu'il propose bien une exhortation complémentaire à mon article, sur l'urgence du partage, et de
l'amour.

En revanche, je ne cautionne aucunement l'étiquette d' "anti-mondialisation" accolée à mon article (ce n'était pas le propos, et surtout il faudrait au préablable s'entendre sur le sens de cette
expression pour le moins controversée). La notion de "cotisation" est au moins aussi surprenante dans le cadre de cette article, encore plus considérée comme "étrangère" à soi-même et à ses
émotions... "Du l'art ?" se veut, précisément, une invitation envers chacun, à minima à l'introspection, en actes espéré-je dès lors, à considérer son chemin vis-à-vis des autres, pour une
meilleure survie de l'humanité en nous et partout.


FUXY, le renard 16/06/2008 23:27

Quoi dire de plus ??? C'est vrai que la faim dans le monde est l' un des problèmes majeurs actuellement au moment même où l'on subit un nouveau choc énergetique....Amitiés,

Gwendoline 10/06/2008 19:46

Remercions Marc pour sa traduction de Lester Brown
http://www.ecologik-business.com/newsletters/newsle27.html
http://www.earthpolicy.org/Updates/2008/Update72.htm

Cachalot 08/06/2008 18:52

J'ai rien compris ! :p

Je plaisante bien sûr. Très bel article d'un sujet d'actualité. A quand un article sur les OGM ? :)


pleins de bises