Le plus heureux des trois ? le public au Mouffetard !

Publié le par Gwendoline

Enfin, ça se discute : les comédiens prennent un plaisir évident à nous servir cette comédie de Labiche, et, au vu de l'audience actuelle des spectacles parisiens et de la foule se pressant dans la petite cour du 73, rue Mouffetard, la direction de la salle ne doit pas non plus se plaindre !

Revenons un peu en arrière : de quoi s'agit-il ?


Le Plus heureux des trois au MouffetardLe plus heureux des trois est une comédie d'Eugène Labiche créée en 1870 au Théâtre du Palais-Royal. C'est un brillant exemple du genre vaudeville, si populaire sur les boulevards du Paris du Second Empire puis républicain.
Ici, de deux choses l'une : soit s'est fâché avec Télérama depuis son "encanaillement populacier" au tournant du siècle, soit on a coutume de restreindre son ouverture culturelle aux Star Académiciens), et l'on se dit qu'à l'évidence, je vous parle d'un spectacle "au-dessus de [vos] moyens ou au-dessous de [votre] condition"...

Eh bien, passons à la troisième voie ! Elle a été ouverte, pour ma part, grâce à mon amie, la comédienne et chanteuse lyrique Emma Darmon - sans qui, probablement, j'eus passé un nouveau mercredi soir à annoter la critique de Fabienne Pascaud devant Nouvelle Star.... (eh oui, certains d'entres nous vivent au quotidien la tension interne de la sociologie des loisirs).

L'adaptation de David Friszman et la création visuelle de Mattéo Porcus rafraîchissent à souhait l'intrigue légère et 'éculée' des polygones conjugaux et amoureux !
Cette création rend la comédie bourgeoise de Labiche à une vision "originelle" du vaudeville - au XVe siècle, c'est une forme théâtrale qui comporte des chansons, des monologues, des acrobaties1.
Bon, au Mouffetard, point de cracheurs de feu et pas de trapèze, mais question chansonnette, David Friszman en connaît un rayon, et sa troupe s'en donne à "choeur joie" ! Mention spéciale à la pétulante Pétunia, dont je ne connaissait pas la voix chantée, et qui enporte tous les suffrages avec sa brillante présentation de l'argument de la pièce et son exergue : Comprend qui peut, ma très incorrecte chanson préférée de Bobby Lapointe.
Côté monologue, rien à craindre non plus : Tous les plus heureux nous entretiennent à loisir de leurs piquants (d) ébats intérieurs dans une parfaite mécanique absurde de dialogues vrillés, de tête-à-tête contrariés et de rencontres improbables.

Enfin question voltige des artistes, finalement on n'est pas mal non plus ! Entre le sabir alsacianophone et les postures postérieures d'Arnaud Maudeux (...), les redoutables virages d'Aurélie Bargème de la bienséance de l'épouse attentive aux débordements de la maîtresse passionnée, le pas de deux qui, à la suite de Salvator Ingoglia, nous promène de Molière à Jarry, les turgescences malheureuses de Frédéric d'Elia, ami de la famille aussi comique (je le dégage de suite, trop "dévoué", c'est louche !) que pathétique amant (je ne le garde pas 3 jours, trop "bête", c'est risqué !), la toute jésuitique balance de Cédric Truffier - deus ex machina de pacotille et bouffonesque galant veuf ainsi investi de l'emploi cocasse d'amant-mari, les entrechats de Delphine Rivière entre sa marmite dialectale et sa méprise de jeune ingénue oestrogénisée, et enfin les intempestives interventions lyriques et malicieuses, certes trop rares, d'Emma Darmon....
C'est un régal de simplicité dans le jeu et de rigueur dans le travail d'acteur. On sent une troupe bien à l'unisson, et qui s'amuse sincèrement.

Coup de chapeau à Pierre Santini et son Théâtre Mouffetard, une salle particulièrement agréable et, ce n'est pas à négliger, bien tempérée pour nous avoir proposé avec cette création fort réussie de David Frizsman un classique revisité juste ce qu'il faut pour en apprécier le rythme et la saveur comique toute modernes.

Alors, courez au Mouffetard avant le 28 juin ! Certes, le spectacle ne vous ravira peut-être pas par une créativité dramatique incomparable, ni par un inlassable déchaînements de fou-rires - ici je rejoins le point de vue de Cécle qd9 qui pointe encore un éventuel petit "resserrage". Mais il vous donnera à goûter un vrai bon théâtre populaire et de qualité, honnête  et inventif dans son propos et sa facture. C'est, pour moi, (public de théâtre nettement plus censeur qu'en cinéma), tout ce que je demande pourtant à la scène française, et pour une somme dans la modique proportion de mes moyens ! Alors, le plus heureux... si ce n'est moi.... c'est donc mon frère ! (spectateur passé ou futur).



Extrait du dossier de presse

LE PLUS HEUREUX DES TROIS
COMÉDIE d'Eugène Labiche, mise en scène David Friszman, avec Aurélie Bargème, Emma Darmon, Frédéric d'Elia, Salvatore Ingoglia, Arnaud Maudeux, Delphine Rivière et Cédric Tuffier.

Qui est le plus heureux des trois. Le mari, la femme, l’amant? Difficile de répondre car en plus du célèbre trio il y a l’ancien amant de l’ancienne femme, la bonne qui sait tout mais qui en fait ne sait rien, un couple irrésistible de domestiques alsaciens, une femme qui veut absolument épouser l’amant de l’autre femme, un cocher maître chanteur et même un hanneton dans un pantalon… Ajoutez des chansons «piquantes», et une sensualité toujours présente, vous obtenez alors un mélange fantasque, d’une absolue précision et terriblement drôle.

Jusqu'au 28/6: du Mercredi au Vendredi à 20h30, Samedi à 17h00 et 21h00, Dimanche à 15h00.
Places à 22€. Durée 1h30.

THÉÂTRE MOUFFETARD
73, rue Mouffetard
75005 PARIS
M° Place Monge
Tél: 01 43 37 32 36
Web: www.theatremouffetard.com



Pour en savoir plus


Trois critiques à lire :
* Cécile Quoi de 9 ? vous pouvez également gagner des places en participant au concours sur son site !
* Olivier Pansieri - les 3 coups
* Karine Houadeg - webthea

Quelques éléments sur
* le metteur en scène
* le gros de la troupe sur France 5

Billets et commentaires de publics
* Billetreduc

Le texte de Labiche
* Le plus heureux des trois


Crédit photo : Matteo Porcus, Cécile QD9.

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